Titre

Recommander l’Utopie ? Construction d’une coopération intergouvernementale par le Bureau International d’Éducation au 20e siècle.

Auteur Émeline BRYLINSKI
Directeur /trice Rita Hofstetter
Co-directeur(s) /trice(s) Joëlle Droux
Résumé de la thèse

Crée en 1925 à Genève, le Bureau international d'Education (BIE), devient dès 1929 une organisation intergouvernementale ancrée dans le sillage de l'effervescence des institutions internationales pendant l'Entre-deux-guerre . Au coeur de ce Bureau s’expérimente et se formalise une coopération intergouvernementale axée sur les questions éducatives. Les acteurs et actrices impliqués-e dans ce projet défendent l’idée selon laquelle c’est en pratiquant des formes de collaborations internationales, préservées d’enjeux politiques, qu’en découleront des attitudes pacifistes, la compréhension entre les peuples, et donc logiquement, la paix. C’est un monde qui n’existe pas encore que ces délégués imaginent, dans un cadre marqué par les « outils rhétoriques [de Jean Piaget, directeur du BIE (1929-1968)] qui concilient tactiquement dramaturgie et utopie » (Hofstetter & Droux, 2021, p.20). Ce monde qui se conçoit au sein du BIE semble être une utopie et même des utopies en devenir. Se distinguant de l’idéal de la Société des Nations , les acteurs et actrices du BIE s’autorisent à rêver d’un ordre mondial où l’éducation jouerait un rôle primordial, suivant la dynamique du directeur : « Son mot d’ordre pour ajuster les esprits à ce monde rêvé : appliquer au au terrain éducatif les méthodes de la compréhension et de la collaboration internationales » (Hofstetter & Droux, 2021, p.20).

 

Recommander l’utopie, peut-être est-ce une manière de résumer ces efforts incessants portés par nombre d’acteurs et d’actrices impliqués au BIE. L’utopie, ici employée, traduit une vision d’un monde pacifiste qui s’instaurerait grâce à des pratiques éducatives testées, échangées, transposées. Une vision universelle, mais qui se retient d’être unique et encore moins imposée. Une démarche utopique donnant naissance à des utopies, recommandées à l’échelle internationale, mais en vue d’être reformulées, adaptées et appliquées aux cadres nationaux, à l’échelle des États. Recommander pour ne pas imposer : il s’agit d’écarter d’office toute démarche qui pourrait apparaître comme autoritaire. L’imposition de modèles serait une forme d’ingérence d’États envers d’autres. Mais c’est aussi une tension qui est ici soulignée : une utopie qui se créerait collectivement, mais qui se forme dans un espace circonscrit, un temps défini par un groupe restreint de protagonistes. Recommander, certes, mais par qui et comment ? Quels sont les acteurs et les actrices de cette cause portée à l’échelle dite « intergouvernementale » ? Comment parviennent-ils à définir ou à promouvoir leur(s) utopie(s) éducative(s) en se préservant de tout enjeu politique extérieur et des rapports de pouvoirs préexistants dans les relations interétatiques ? Dans quelles mesures parviennent-ils à formuler, expérimenter, institutionnaliser leur projet intergouvernemental ? Avec quelles stratégies et à quels risques ? Ces questions rhétoriques forment les substrats des problématiques qui résident au fondement de cette thèse.

 

La thèse s'articule en trois axes et s'inscrit dans une double temporalité : à la fois dans la chronologie de l'Entre-deux-Guerres, de la Seconde Guerre et de la Guerre froide, mais aussi dans celle de l'internationalisme éducatif. La première partie explore le développement et la résilience institutionnels dont le BIE fait preuve pour agir et se reconnaitre, notamment lorsqu'il est menacé de fermeture lors de la Seconde guerre Mondiale, puis au sortir, quand se discute la création de la nouvelle agence mondiale chargée des affaires éducatives, à savoir l'Unesco. La seconde retrace la participation et l'implication (ou, au contraire, le silence), des Etats membres et de leurs représentants gouvernementaux au sein des activités du BIE. La troisième partie se concentre sur la cause portée, à savoir l'éducation pacifique, afin de déterminer comment les acteurs et actrices gouvernementaux se saisissent de cette éducation, et contribue ainsi, à sa conceptualisation historique.

 

Cette thèse s'inscrit dans le courant de l'histoire transnationale et privilégie une approche à la fois quantitative (faisant emprunts aux techniques d'analyses de réseaux et de prosopographie) et qualitative (analyse de discours et de correspondances personnelles). Partant du principe que le BIE confère une souplesse certaine à son mode opératoire pour garantir la participation d'un grand nombre d'Etats, une attention particulière est portée sur les différents (en)jeux de pouvoir qui s'opèrent dans cette scène internationale. L'analyse de réseaux permet de cartographier les géographies à l'œuvre, voire de distinguer les stratégies employées par les Etats et leurs représentant-es pour insuffler et diffuser leurs utopies, mais aussi pour "silencer" certaines interventions. De fait, l'attention portée sur les interactions entre les acteurs intergouvernementaux, permet d'étudier comment ces derniers contribuent (ou non) à la production des recommandations internationales, et, ainsi à la conceptualisation de l'éducation pacifique.

 

Dans le prolongement des travaux précurseurs de l’Équipe de Recherche en Histoire Sociale de l’Éducation (Erhise) sur l’internationalisme éducatif, ce travail de thèse s’inscrit dans le cadre d’une recherche financée par le Fond National Suisse pour la Recherche Scientifique (FNS) qui s’intitule « Le Bureau International d’Éducation (BIE) : un laboratoire de l’internationalisme éducatif (1919-1952) » (Hofstetter & Droux, 2016). Dirigée par Rita Hofstetter avec la collaboration de Joelle Droux, cette recherche 2016-2021 est concrétisée par les membres d’Erhise et des Archives de l’Institut Jean Jacque Rousseau (AIJJR), en interaction avec des équipes internationales. Celle-ci donne lieu à trois thèses à cette étape de nos travaux, celle de Cécile Boss, celle-ci, ainsi que la thèse de Clarice Loureiro entamée ultérieurement. Dans ce cadre, nous avons également publié un livre collectif dont le titre est « Le Bureau international d'éducation, matrice de l'internationalisme éducatif » (Hofstetter & Erhise, 2021).

www.peterlang.com/document/1114406

Statut à la fin
Délai administratif de soutenance de thèse 2022
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